Littérature générale

Une éducation libertine : du Balzac made in 21e siècle

Dans Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo nous plonge dans le Paris crade de 1760 pour suivre le parcours de Gaspard, un Quimpérois fraîchement arrivé à Paris pour réussir.

L’intrigue

1760. Gaspard vient d’arriver à Paris, les poches vides, mais la tête pleine d’aspiration. Il lui faut peu de temps pour réaliser l’écart qui existe entre les rêves de la capitale qu’il se faisait depuis Quimper, et sa réalité. La ville est abjecte, avec les déjections que l’on déverse à même la rue, les gens qui s’abreuvent de l’eau sale de la Seine ou encore ces rats qui le dévorent à petits crocs la nuit quand il dort enroulé sur lui-même dans l’angle d’une ruelle.

Gaspard est seul, sans le sou et sans espoir de voir sa condition s’améliorer. Quand il se retrouve à deux doigts de mourir de faim, il fait la rencontre de Lucas qui lui propose un emploi : rapporter des rondins de bois depuis le fleuve sur la grève. Sans autre issue, il accepte. Il prend rapidement conscience du quotidien de ce métier qui risque à chaque moment de lui broyer une main et du Fleuve qui ramène les cadavres des désespérés qui se jettent du pont et auxquels personne ne s’intéresse.

Ce n’est pas cette vie qu’il souhaite. Ce sera pourtant la première marche vers une ascension qui lui demandera de se débarrasser de sa dignité dans l’espoir d’être enfin quelqu’un.

Qui est Jean-Baptiste Del Amo ?

Né Jean-Baptiste Garcia en 1981 à Toulouse, Del Amo est un écrivain français. Il emprunte le nom Del Amo pour se démarquer en 2008 d’un autre écrivain qui publie également son premier roman chez Gallimard : Tristan Garcian (La Meilleure Part des hommes).

Une éducation libertine est son premier roman. Il lui permet de remporter le Prix Goncourt du premier roman.

Comment a-t-il fini sur ma table de chevet ?

J’avais déjà essayé de lire Le Sel de Jean-Baptiste Del Amo sorti en 2010. Ni le style ni l’histoire ne m’avait plu. Quand mon mari m’a conseillé ce roman, j’ai freiné des quatre fers.

Il y a quelques mois quand un follower d’Instagram (Matthieu) m’a conseillé de le lire à nouveau, je me suis dit qu’après deux recommandations, je me devais d’y jeter au moins un œil.

Mon avis

J’y ai plongé les deux et je n’ai pas regretté. Les premières pages furent difficiles. J’ai détesté le style très classique type Père Goriot. Me plonger dans le 18e siècle ne m’a pas plu non plus. J’aime les romans qui me parlent d’aujourd’hui. Mais j’ai donné sa chance au livre et ce fut un ticket gagnant.

J’ai beaucoup aimé le Rastignac pathétique que constitue Gaspard, qui cherche à devenir quelqu’un à tout prix, mais passe par des chemins de traverse. J’ai retrouvé le côté Liaisons dangereuses dans le personnage d’Étienne de V. (l’initiale pour nom de famille confirme la filiation) qui réunit selon moi la Marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont. Il y a cet aspect : chacun utilise tout le monde pour arriver à ses fins. Et bien sûr, sans vous révéler quoi que ce soit, à la fin, c’est la morale qui l’emporte, comme dans les romans classiques des 18e et 19e siècles.

Le style, qui me rebutait tant, m’a énormément intéressé. Même si Jean-Baptiste Del Amo reprend le style classique qui pourrait vraiment nous faire penser à un roman d’époque, c’est bien un roman moderne que nous lisons. Certaines expressions ou certains adjectifs empruntent au lexique moderne. Certaines descriptions expliquent précisément au lecteur comment se déroulait la vie à Paris, détails inutiles pour un lecteur qui vivraient à la même période.

Paris, puisqu’il faut en parler, est ici le cœur du roman. Son palpitant. J’ai adoré le point de vue sombre sur la ville, sur la misère qui s’y déploie, les odeurs qui empestent les rues, le manque d’hygiène qui génère des fumets nauséabonds chez ceux qui l’habitent ou la traversent.

La partie chez le perruquier, par sa force de détails, me paraît presque un anti-Aux bonheurs des dames, de Zola, où le monde merveilleux de Denise est ici un enfer : la tyrannie du patron, les odeurs abominables que l’on tente de masquer tant bien que mal et le minable logement de Gaspard.

La lecture fut lente (il m’a fallu trois semaines pour engloutir les 434 pages), mais très agréable. La question qui plane encore, une fois la dernière de couverture refermée, est la suivante : pourquoi nous avoir plongés il y a trois siècles ? La passion de l’auteur pour cette époque ou l’exercice de style sont-ils les seuls moteurs ? Ou bien l’auteur a-t-il voulu nous faire passer un message sur notre cher 21e siècle ?

Devez-vous lire ce nouveau classique ?

Oui. Vous mettrez peut-être du temps à le terminer, mais il est pour moi un indispensable de toute bibliothèque gay. Et puis si vous adorez Zola, Balzac ou Laclos, vous serez conquis !

Citation

Il tendait la croupe, presque par défi, pour que Gaspard le prît plus encore pour qu’il s’enfonçât en lui avec violence jusqu’à la garde. Gaspard frappait, avec rage, saisissait un bras, une épaule, une fesse dans lesquels il imprimait la marque de ses doigts, pinçait la chair pour qu’elle fût livide puis laissait le sang affluer de nouveau et colorer l’empreinte.

Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del-Amo.

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard, 2008.

D’autres blogueurs en parlent

Un grand roman. « La tentation d’exister ».

Le Fil d’Archal

 J’aime ces lectures qui me bousculent dans ma zone de confort de lectrice (tant par le thème que la manière de l’aborder, mais qui me révèle aussi le chemin qu’il me reste à parcourir pour connaitre un peu mieux ma propre langue !)

Ava Fitzgerald

Nos cinq sens sont stimulés en permanence par les mots de l’auteur et seules les redondances ont finit par me lasser un peu, mais elles font partie intégrante de l’oeuvre. 

À l’ombre du cerisier

Vous l’avez lu ? Alors, dites-moi pourquoi, selon vous, Jean-Baptiste Del Amo nous a plongés en 1760.

Découvrez mon premier roman

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