Littérature générale

Appelle-moi par ton nom : voyage en Italie

Avec Appelle-moi par ton nom, André Aciman nous fait passer un été en compagnie d’Elio, adolescent de 17 ans, épris de passion pour Oliver, cet Américain de 24 ans que ses parents accueillent dans leur villa de la côte italienne. L’été sera chaud.

L’histoire

Nous sommes dans les années 1980, en Italie. Oliver, jeune professeur de philosophie américain, arrive dans la villa de la famille d’Elio. Il passera l’été à travailler la traduction italienne de son manuscrit, en profitera pour découvrir la région et parfaire son italien, en échange d’une heure de travail auprès du père de famille.

Dès le premier jour, Elio, 17 ans, est fasciné par cet homme. Il le veut. Mais il ne peut rien dire. Que se passerait-il si Oliver n’en avait pas envie, alors qu’il vit chez lui (et même dans sa chambre !) ? Comment réagirait sa famille ? Et lui-même ? En même temps, certains gestes, comme un massage improvisé, laissent penser qu’Oliver partagent sa passion. Et puis le voilà qu’il flirte avec la voisine Marzia…

L’été est tortueux, torturé et torride pour Elio, victime et coupable de fuis-moi-je-te-suis-suis-moi-je-te-fuis avec Oliver. Mais tout s’arrêtera avec la fin de l’été. C’est certain. Heureusement. Vraiment ?

Qui est André Aciman ?

André Aciman est né en Égypte en 1951 d’une famille d’origine turque et italienne. Il a vécu par la suite en Italie, avant de s’installer à New York.

Il y vit aujourd’hui encore et enseigne la littérature à l’université de New York. Auparavant, il donnait des cours d’écriture créative et de littérature française à l’université de Princeton et à la faculté de Bard.

Il est marié avec une femme et a trois fils.

Récompense, adaptation et suite

Appelle-moi par ton nom a reçu le prix Lambda Literary 2007 qui récompense les œuvres en rapport avec le monde LGBT.

Le roman a été adapté au cinéma par Luca Guadagnino, avec Timothée Chalamet dans le rôle d’Elio et Armie Hammer dans celui d’Oliver. En France, il a conservé son titre original : Call me my your name. Le film est devenu aussi culte dans le monde anglo-saxon que Brokeback Mountain.

En 2019, André Aciman a publié une suite : Trouve-moi, publié chez Grasset.

Comment a-t-il fini sur ma table de chevet ?

Étant donne le succès mondial du film (merci Timothée Chalamet), il me paraissait compliqué de passer à côté de ce roman.

Mon avis

J’ai beaucoup aimé le premier tiers qui respecte tous les codes de la romance MM. Un héros qui découvre du désir pour un autre, alors qu’il ne devrait pas en avoir : nous sommes dans les années 1980, quand l’homosexualité était plus mal acceptée qu’aujourd’hui, et Elio a 17 ans et sept de moins qu’Oliver. Le héros a une vie tranquille, privilégiée, sans problème matériel, où le seul « souci » qu’il éprouve, ce sont ces sentiments pour un homme. À cela s’ajoute la langueur estival dans une riviera méditerranéenne.

Le cadre et l’intrigue sont classiques, mais fonctionnent bien, notamment grâce à cette nonchalance du héros. Puis, comme toute romance, l’histoire a commencé à me désintéresser dès que les personnages se sont avoués leurs sentiments. Et même si la suite me paraît original, avec des sauts dans le temps, je n’ai pas retrouvé la passion du début. Heureusement, il se lit très bien.

Cela étant, j’ai trouvé certains passages très intéressants, comme ceux sur le désir que l’on ne comprend que trop tardivement, et cette nostalgie future qui pousse le héros à vivre sa vie avec un spleen intégré comme s’il avait déjà vécu sa vie une fois.

L’auteur est hétérosexuel, et je trouve que cela se sent dans son traitement de l’homosexualité naissante. Même si une scène laisse entendre de manière douce et délicate qu’Elio vit dans un monde bienveillant, les sentiments et émotions d’un garçon qui découvre son homosexualité sont souvent plus violents que cette douce langueur qui entoure notre héros italien. Cette nonchalance sur le sujet est d’autant plus étonnante que nous sommes en 1980, dans les années sida et en Italie. Peut-être André Aciman a-t-il voulu faire transparaître son impression personnelle vis-à-vis de l’homosexualité : un amour hétérosexuel comme les autres. Mais est-ce vraiment le cas dans le monde homophobe dans lequel nous vivons ? Je vous laisse seul juge.

Devez-vous lire ce livre ?

Je pense qu’Appelle-moi par ton nom se place déjà comme une référence, au sein de la littérature gay, mais surtout au-delà. À sa lecture, par exemple, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’Arthur Cahn a été hanté par Elio pour écrire son personnage dans Les Vacances du Petit Renard. Vous devez donc le lire. L’été, au bord du piscine, un pied dans l’eau et les lunettes de soleil devant les yeux, ce sera parfait.

Citation

J’étais trop gêné, comme quelqu’un qui essaie de se sentir à l’aise en se mettant tout nu dans un vestiaire mais finit par être excité par sa propre nudité. 

Appelle-moi par ton nom, André Aciman
Couverture d'Appelle-moi par ton nom d'André Aciman

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Appelle-moi par ton nom (Call me by your name en version originale ou Plus tard ou jamais dans la première version française parue en 2008 aux Éditions de L’Olivier), André Aciman, Éditions Grasset & Fasquelle, 2018.

D’autres blogueurs en parlent

  • Homo-Libris : Mathias a regretté le verbiage ennuyeux qui dilue l’essentiel et le fait oublier ;
  • From The Avenue : Guillaume n’avait pas été aussi ému par une passion amoureuse depuis La Chambre de Giovanni. Il a trouvé l’écriture d’une incroyable beauté, décortiquant à la fois avec pudeur et crudité les sentiments de cet adolescent.

Et vous ? Vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-moi tout en commentaire !

« Tuer le bon gay » d'Étienne Bompais-Pham, Prix du roman gay 2021 / Premier roman
About author

Étienne Bompais-Pham est l'auteur du roman Tuer le bon gay, paru aux Éditions Maïa et Prix du roman gay 2021, catégorie Premier roman. Il est également critique de romans gay pour la LGBThèque, mais aussi pour le podcast Homomicro et la revue littéraire L'Autre Rive.
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