Littérature générale

28 jours : Prix du roman gay 2021

Avec 28 jours, L. Bigòrra présente une nouvelle vision des prises de risque sexuelles. Du Dustan, du Guibert, du Collard, mais surtout de la modernité.

L’histoire

Il est chez Julien. Un amant de passage. Qui a des amants de passage. Ils sont sur son lit. Ils ont bu du mauvais vin. Du mauvais mousseux. On sait plus quoi. Juste que sa capacité de résistance, de volonté s’est envolée avec les effluves d’alcool. Alors quand Julien veut le prendre sans capote, il refuse. Mais le désir est plus fort que le reste. Il la sent là contre sa cuisse. Il la veut en lui. Il flirte avec l’interdit. Il veut le braver. Les corps se mélangent. Le temps se contracte. Son corps se rétracte. Et puis… Voilà… Avant même qu’il puisse s’en rendre compte, Julien a joui en lui.  

28 jours, c’est la durée du traitement post-exposition au VIH que prend le narrateur suite à cet épisode. Nous allons le suivre durant tout son traitement. De la honte à l’hôpital, des nausées, jusqu’à la libération.

Qui est L. Bigòrra ?

Né à la fin du disco et au début du punk, L. Bigòrra écrit en parallèle de son travail d’éditeur. Anarchiste revendiquant sa sexualité anormale, il bataille pour aligner les lignes et surtout faire vivre les actions collectives avec lesquelles il partage les fruits de sa traîtrise à la classe bourgeoise.

Comment a-t-il fini sur ma table de chevet ?

Prix du roman gay 2021, je ne pouvais pas manquer la lecture de ce roman. Le discours succinct de L. Bigòrra lors de la remise des prix, sur la reconnaissance des pédés, tarlouses, tafioles, etc. m’a fait comprendre que son livre était irrévérencieux, qu’il montrait une sexualité que l’on ne veut pas voir et que ce prix consacrait la différence. Tout ce que j’aime.

Mon avis

Mon mari m’en avait déjà parlé avant qu’il obtienne le prix. Il m’avait expliqué qu’il se passait durant le traitement post-exposition. Alors je m’attendais à un compte à rebours qui démarrait de l’angoisse d’avoir le VIH à sa libération. Il n’en est rien. Pour ne pas vous spoiler, je tairai l’angle choisi par L. Bigòrra.

Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que, bien que ce livre s’inscrive dans la lignée de Hervé Guibert, Cyril Collard ou encore Guillaume Dustan, avec leurs scènes de sexe déculpabilisées, le sida qui flotte au-dessus des corps et s’infiltre dans les pensées des hommes en pleine relation, il se détache de ses maîtres. Le sida existe toujours, et c’est dramatique. Cependant, les anti-capotes disposent d’un nouveau moyen de prévention : la PrEP. Et ça change tout ! Comme l’expliquent les éditeurs en préambule du roman, “cette fois, ce n’est pas l’auto-bio-patho-graphie de quelqu’un frappé par un mal incurable, qui décrirait la proximité inexorable de la fin. 28 jours donne la parole à des séronégatifs, au moment où l’on trouve un traitement préventif qui permet de rêver de nouveau, sans craintes, de la backroom à ciel ouvert.

Le traitement génère chez le narrateur une urgence de vivre que l’on retrouve dans le style de l’auteur. L. Bigòrra ne se perd pas dans les descriptions. Il ne cherche pas à exciter son lecteur avec des séquences sexuelles. Il fait se succéder les scènes de façon stroboscopique, les unes cognent aux autres, frappent, résonnent et nous laissent sonnés. L’auteur ne cherche pas à expliquer, s’expliquer, il se montre pour que nous voyions. Point. Et c’est magistral.

Devez-vous lire ce roman ?

Si vous aimez Cyril Collard, Hervé Guibert et/ou Guillaume Dustan, oui. Ce livre s’inscrit dans la lignée de ses maîtres, mais surtout dans son époque. Si vous n’aimez pas le genre, un style saccadé qui ne cherche pas à cacher, évitez sa lecture.

Citation

Je descends à la station Ledru-Rollin pour me rendre à l’Hôpital Saint-Antoine. Une honte insidieuse, mal définie, s’installe quelque part dans mon centre. J’ai mal agi et je vais devoir le dire au monde, à l’institution, au médecin, à l’hôpital, à la sécurité sociale, à toute la société.

Quoi ? Tu te fais baiser ? (Première humiliation). Quoi tu te fais baiser ! (gros pédé). Et en plus tu ne mets pas de capote ? C’est quoi ton problème ? Tu veux choper le DASS ? Tu veux encore plus faire chier ? Maintenant que vous avez le mariage, vous les tapettes, les capotes c’est encore de trop ? Mon esprit se replie, je perds ma confiance. Je ne vois plus mon acte de la même manière alors qu’il prend une tonalité politique.

28 jours, L. Bigòrra

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : 28 jours, L. Bigòrra, Terrasses Éditions, 2021.

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« Tuer le bon gay » d'Étienne Bompais-Pham, Prix du roman gay 2021 / Premier roman
About author

Étienne Bompais-Pham est l'auteur du roman Tuer le bon gay, paru aux Éditions Maïa et Prix du roman gay 2021, catégorie Premier roman. Il est également critique de romans gay pour la LGBThèque, mais aussi pour le podcast Homomicro et la revue littéraire L'Autre Rive.
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