FantastiqueRomance M/M

Cemetery Boys : intersectionnalité trans et latina au royaume des fantômes

Avec Cemetery Boys, Aiden Thomas nous propose un premier roman fantastique mettant en scène un héros transgenre et gay. Yadriel veut par-dessus tout devenir brujo, comme tous les membres masculins de sa communauté, pour montrer que, lui aussi, est un jeune homme comme les autres. Passionnant.

L’histoire

Nous sommes dans la région de Los Angeles. Yadriel est un garçon transgenre d’origine latina de 16 ans. Il fait partie d’une famille de brujo, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui peuvent voir les esprits de personnes perdues entre le monde des vivants et le monde des morts. Chez les brujos, les hommes possèdent des pouvoirs d’invocation d’esprits errants dans le monde des vivants et les femmes celui de guérir tous les maux (du deuil à une blessure grave). 

Même si sa famille accepte sa transidentité, son père, chef de sa communauté, refuse qu’il participe à la cérémonie des brujos : jamais la déesse de la mort n’acceptera de lui donner des pouvoirs d’invocation. Tout comme son oncle qui n’a pas suffisamment de puissance magique pour invoquer des esprits, Yadriel est condamné à faire partie de ces brujx qui passeront leur vie à vivre au ban de la communauté. 

Mais avec Maritza, sa cousine végane qui refuse de guérir parce que chaque guérison nécessite l’utilisation de sang animal, Yadriel décide d’aller à l’encontre de cette décision. À deux jours du Día de Muertos, le moment où, pendant 48 heures, l’esprit des brujos morts revient dans le monde des vivants, période pendant laquelle les cérémonies d’aquelarre, sorte de première communion brujx, Yadriel décide de procéder tout seul à ses quinces, cérémonie qui lui permettra de recevoir ses pouvoirs de brujos. Enfin, si la Diosa de la muerte reconnaît sa véritable identité… 

Aiden Thomas

Qui est Aiden Thomas ?

Aiden Thomas est un homme transgenre, Latinx, originaire d’Oakland en Californie. Cemetery Boys est son premier roman, sorti en 2020 aux États-Unis. Il est resté quatre semaines dans la liste des best-sellers du New York Times, a gagné le prix du livre du Pacific Northwest 2021 et a été nominé dans de nombreux autres prix. 

Comment a-t-il fini dans ma liseuse ?

J’ai été contacté par l’éditeur français pour me proposer la lecture de ce livre. Autant j’aime la littérature pour jeunes adultes, autant j’ai beaucoup de mal avec le fantastique. Bien sûr, adolescent, j’ai adoré Harry Potter. Cependant, adulte, les livres m’intéressent moins pour leur aspect divertissant que parce qu’ils dévoilent une nouvelle facette du monde.

J’ai accepté de recevoir le livre uniquement parce qu’il a été un vrai succès aux États-Unis et que je lis peu de livres intégrant un héros transgenre.

Mon avis

J’ai bien fait d’accepter. Les premières pages furent difficiles pour moi qui n’aime pas le genre, mais je me suis rapidement retrouvé dans la forme du roman pour jeunes adultes, puis de la romance M/M. J’ai adoré le personnage volubile de Julian, la tendresse de Maritza et la justesse de l’oncle. Puis l’intrigue en elle-même m’a vraiment porté. J’avais l’impression de lire Harry Potter Et la Chambre des secrets, avec ses fantômes, bien sûr, mais surtout ces gamins héros qui agissent dans le dos des adultes qui ne les écoutent pas, ne veulent pas les comprendre et seront amenés à sauver leur communauté. Un retournement à la fin m’a même totalement surpris. En soi, ce livre est une réussite.

Cependant, ce qu’il faut noter, c’est l’intersectionnalité de ce livre qui mêle raciste envers la communauté latina et discrimination antitrans. Ainsi, les jeunes latinos sont vus par les autres comme des personnes violentes appartenant forcément à des gangs. Quand un problème survient dans leur communauté, la police cherche d’abord à savoir si les victimes et leurs proches ont leur papier, avant de considérer qu’un gamin qui disparaît est simplement un fugueur. Etc.

Mais surtout, la force de ce livre, c’est la mise en lumière du quotidien des personnes transgenres, en l’occurrence ici un garçon, avec son obsession du binder, ce bandage de la poitrine qui vous comprime toute la journée la cage thoracique. Ce livre m’a permis de comprendre émotionnellement ce que vivent les personnes trans au quotidien, avec notamment la hantise des toilettes publiques. 

Au-delà de la transidentité, les thèmes LGBTQI+ sont largement abordés, grâce à ses personnages gays, bi, trans. Tout d’abord, ce qui « sauve » Yadriel dans la perception de sa famille est son homosexualité : même s’il est un garçon, pour ses proches, il reste normal puisque son sexe biologique et son amour pour les garçons tend vers l’hétérosexualité. Par ailleurs, j’ai trouvé très originale la culpabilité des personnes maladroites envers les LGBTQI+ qu’il faudrait toujours absoudre. Je vous laisse découvrir la citation dessous.

À la fin, j’ai réalisé que l’histoire des fantômes et cette mythologie des brujos, probablement inspirée de la culture mexicaine, portait parfaitement le propos du roman, soit l’interrogation de la véritable essence masculine et féminine, qui vient en contradiction des expressions telles que « devenir un homme » ou « devenir une femme » que l’on affuble aux personnes transgenre qui font leur transition. Ici, la force de ce livre, est de mettre en mots le fait qu’un homme est un homme, quel que soit son sexe.

Devez-vous lire ce roman ?

Si vous aimez les romans fantastiques et/ou pour jeunes adultes, oui ! Il est passionnant de bout en bout. Les personnages sont touchants, justes et, en plus, c’est un livre own voice : l’auteur vit, a vécu ou connaît les préoccupations de son héros. Et rien que pour comprendre la vie d’un homme gay, trans et latino, ce roman vaut le détour.

Citation

Pourquoi Yadriel devait-il toujours absoudre les gens de toute culpabilité ? Il ne voulait pas être compréhensif. Il n’avait pas en lui la force de pardonner, cette fois-ci.

Cemetery Boys, Aiden Thomas
Cemetery Boys, Aiden Thomas

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Cemetery Boys, Aiden Thomas, ActuSF, 2022.

D’autres blogueurs en parlent

Ce Young Adult mêlant romance LGBTQIA+surnaturel et culture latino est un vrai petit bijou

My head full of words

Ce livre n’est certes pas un coup de cœur, mais il a été une excellente lecture que je vous recommande vivement.

La Vie de Kat

Cemetery Boys est un roman sur la famille, l’acceptation avec un système de magie riche et une ambiance captivante. C’est la lecture idéale pour Halloween mais aussi pour tous les autres jours de l’année !

Planète diversité

Vous l’avez lu aussi ? Qu’en avez-vous pensé ?

« Tuer le bon gay » d'Étienne Bompais-Pham, Prix du roman gay 2021 / Premier roman
About author

Étienne Bompais-Pham est l'auteur du roman Tuer le bon gay, paru aux Éditions Maïa et Prix du roman gay 2021, catégorie Premier roman. Il est également critique de romans gay pour la LGBThèque, mais aussi pour le podcast Homomicro et la revue littéraire L'Autre Rive.
Related posts
Romance M/M

Aristote et Dante découvrent les secrets de l'univers : et nous les leurs

Romance M/M

Boyfriend Material : quand Bridget Jones rencontre Red, White & Royal Blue

Fantastique

L'Épée de Shiga : des princes, des elfes, des mages et du sexe MM

Romance M/M

Tu ne m'as laissé que notre histoire : vivre à 15 ans après la mort de l'être aimé

Newsletter

Abonnez-vous à notre liste de diffusion pour recevoir une fois par mois les dernières parution dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.