Autobiographie

Ma vie en rosé, du Midwest américain au Marais parisien

Dans Ma vie en rosé, Buck Jones nous raconte sa vie de l’âge de huit ans en 1975 en Caroline du Sud à 2017 dans le marais parisien. Il y aborde avec pudeur et tendresse l’acceptation de son homosexualité refoulée dans un environnement homophobe, son arrivée en France et globalement sa place dans le monde. De véritables chroniques qui se lisent comme un roman.

L’histoire

Buck Jones est né dans une famille extrêmement croyante et pratiquante en Caroline du Sud dans les années 1960. Il fait partie d’une famille bien insérée dans la société. Mais Buck, qui s’appelle encore Jeffrey, n’est pas comme les autres. Il se sent toujours en décalage avec ses copains. Comme on ne parle pas d’homosexualité là où il grandit, il ne pose pas de mots sur son désir. La seule chose qui lui importe est de s’intégrer. Et partir pour l’Europe, attiré par sa noblesse et son glamour cosmopolitain.

Cette autobiographie est découpée par année, de 1975 à 2016. Chaque chapitre nous plonge dans un ou plusieurs événements importants de sa vie qui nous permettent de comprendre son évolution et le monde qui se forme autour de lui.

Jeffrey n’est pas un homme extraordinaire, il est un jeune homosexuel qui a réussi à traverser des périodes difficiles et universelles : des boulots sans avenir, la récession, la bureaucratie française… Cette autobiographie chronique avec tendresse et justesse un monde qui grandit et s’effondre sans arrêt. Un balancement permanent.

Qui est Buck Jones ?

Buck Jones est né en 1966 à Davenport, en Iowa. Il a vécu dans de nombreuses villes du monde, notamment Los Angeles et Amsterdam. Aujourd’hui, il est installé dans le Marais, à Paris, où il vit avec son mari et son chien, Berko.

Entre deux services au café L’Imprévu, rue Quincampoix, dont il est le copropriétaire, il écrit, gère le Club littéraire du Marais qu’il a fondé et anime avec moi la chaîne YouTube Les Conversations roses où nous discutons littérature LGBTQI+.

Comment a-t-il fini sur ma table de chevet ?

Buck m’a contacté fin décembre 2019 pour m’inviter à rejoindre son club qui rassemble auteurs et lecteurs de livres gay. Puis, il m’a proposé de monter une chaîne YouTube ensemble (spoiler alert, j’ai accepté !). Quelques mois plus tard, lors d’une interview pour Qweek Magazine, j’ai découvert qu’il avait écrit un livre. Je me suis empressé de l’ajouter à ma pile de livres à lire trois ans plus tôt. Quelques semaines plus tard, c’est lors d’une dédicace pour mon premier roman qu’il m’a apporté son livre. Auteur humble et à forte tendance à se cacher derrière les autres (comme vous le verrez en lisant son livre), il me l’a dévendu (aucune coquille dans ce verbe) : « ce ne sont que mes mémoires, tu verras, il n’y a pas grand-chose d’intéressant ». J’ai un peu tardé à l’ouvrir, mais quand ce fut fait…

Mon avis

je n’ai pas reposé le livre. Il se lit comme un véritable roman. Buck Jones ne se raconte pas, il se montre et se révèle dans son intégralité. Les chapitres nous immergent dans une période, un moment fondateur ou révélateur. Les personnes de son entourage deviennent de véritables personnages avec leurs espoirs, leurs désillusions, leurs révélations et les rebondissements. Certains chapitres se présentent presque comme une saison de série télé avec un suspense insoutenable : va-t-il avoir son bar ? va-t-il trouver un appartement ?

Je voulais voir grandir ce gamin mal dans sa peau qui se sent décalé de ses amis et de sa famille. Je voulais l’enlacer et le rassurer. J’ai pris plaisir à le voir découvrir sa sexualité, l’accepter, puis l’embrasser. J’étais excité à toutes les étapes de sa vie, ému quand il fait son coming-out à sa grand-mère ou compatissant lors de son premier rapport sexuel avorté. J’ai vécu avec lui ses désillusions sur la politique, lui qui y a joué un (petit) rôle, du côté républicain (nous sommes dans le Sud des États-Unis).

J’ai adoré les références politiques, économiques et sociales sur l’époque qui progresse en même temps que lui. J’ai découvert que l’on pouvait entretenir une correspondance à distance avec des fax, vécu l’arrivée d’internet et des mails, puis de Facebook… Cet aspect du livre fait de lui de véritables chroniques sur une époque qui s’éveillent, puis s’effondre (oui, on passe de Ford à Trump).

J’ai découvert de nombreuses pratiques des États-Unis qui m’ont fait réaliser certains aspects pourtant évidents de leur culture, comme le changement de prénom. Dans ce pays du self-made-man, je n’avais jamais saisi l’importance du surnom, de ces Richard qui deviennent Dick, de ces Robert qui vont par Bob. Le passage de Jeffrey, ce petit enfant docile qui participe à la vie pastorale, à Buck révèle l’homme qu’il veut se forger et finit par être.

Sa plongée en France, avec ses clochards, ses fumeurs et sa bureaucratie kafkaïenne avec l’administration bien sûr, mais aussi les banques, fait presque de ce roman (allez, c’est dit !) des Lettres persanes où Buck serait un Usbek américain du XXe siècle.

Buck Jones est vrai dans son livre, il ne cache rien (ou veut-il nous le faire croire). Il se montre dur envers les Français (mal élevés), les Américains (bêtes) et lui-même (dur au caractère si difficile qu’il ne comprend pas pourquoi son mari reste avec lui).

Son style est très littéraire, avec beaucoup d’images et de phrases comme des punchlines. Le style est complexe, parce que précis et littéraire. Cela explique peut-être le mois qu’il m’a fallu pour le lire, malgré certains soirs où j’ai fini à une heure du matin, incapable de reposer le livre.

Devez-vous lire cette autobiographie ?

Si vous êtes à l’aise avec l’anglais, oui, vous devez le livre. Ma vie en rosé est une plongée dans l’histoire du monde politique, économique, social et homosexuel. Ce livre vous fera découvrir des époques qui ont disparu ou vous les fera revivre si vous avez eu l’honneur d’y avoir participé.

Citation

Au cours des cinquante dernières années, j’ai fait ma part d’erreurs, et j’ai eu de nombreux moments où je me suis demandé si je trouverais un jour ma place dans le monde.

Voici à ceux qui rêvent
Aussi stupides que cela puisse paraître
Voici pour les cœurs qui ont mal
Voici le désordre que nous faisons

Mon souhait est que, après avoir lu mon histoire, toi, mon doux lecteur, tu te sentes enhardi pour poursuivre aussi tes rêves, ceinturés par la prudence et la préparation, et guidés par l’amour et l’humilité.

Ma vie en rosé, Buck Jones
Couverture de l'autobiographie LGBT "Ma vie en rosé" de Buck Jones

Où le trouver ?

En bibliothèque ou librairie, neuf ou d’occasion, numérique ou papier, avec les informations suivantes : Ma vie en rosé, Buck Jones, Auto-édition, 2017.

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« Tuer le bon gay » d'Étienne Bompais-Pham, Prix du roman gay 2021 / Premier roman
About author

Étienne Bompais-Pham est l'auteur du roman Tuer le bon gay, paru aux Éditions Maïa et Prix du roman gay 2021, catégorie Premier roman. Il est également critique de romans gay pour la LGBThèque, mais aussi pour le podcast Homomicro et la revue littéraire L'Autre Rive.
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